Oui, l’euro numérique pourrait déplacer une partie des dépôts bancaires vers la monnaie de banque centrale, mais l’ampleur de ce risque reste inconnue. Dans l’état du projet décrit en octobre 2026, aucune perte de dépôts liée à sa mise en circulation n’est constatée, puisque l’euro numérique n’est pas lancé.
Pourquoi les banques pourraient-elles perdre des dépôts ?
Pour comprendre le risque, il faut distinguer l’argent sur un compte bancaire de la monnaie de banque centrale. Votre dépôt constitue une créance sur votre banque commerciale. L’euro numérique serait une créance sur l’Eurosystème : une autre forme de monnaie, destinée aux paiements électroniques du quotidien dans la zone euro. Il compléterait les espèces et les dépôts bancaires, sans prévoir leur suppression. Parlement européen
Le déplacement envisagé serait donc le suivant : des particuliers convertiraient une partie de leurs dépôts en euros numériques pour alimenter leur portefeuille. Les sommes ainsi converties ne resteraient plus des dépôts auprès de leur banque commerciale. Celle-ci pourrait alors perdre une partie d’une source importante de financement de ses prêts et de ses activités.
Ce mécanisme explique la préoccupation bancaire, mais ne permet pas de mesurer une perte future. La possibilité économique d’un transfert ne dit ni combien de personnes l’effectueraient, ni quels montants elles conserveraient. Ces comportements dépendraient notamment de l’utilité du moyen de paiement et des règles finalement retenues.
Confirmé : le risque est étudié, mais aucune fuite n’est constatée
La BCE reconnaît que la conception doit éviter de permettre un déplacement sans limite de l’épargne bancaire vers la monnaie de banque centrale. La question des dépôts fait donc partie des enjeux du projet. En revanche, reconnaître un risque ne signifie pas constater sa réalisation : dans l’état des informations d’octobre 2026, le règlement européen n’est pas définitivement adopté et la BCE n’a pas décidé d’émettre l’euro numérique. BCE
Les inquiétudes concernent notamment les périodes de tension. Des clients pourraient alors chercher à convertir rapidement leurs avoirs bancaires en monnaie de banque centrale. Les critiques et les acteurs bancaires mettent en avant cette possibilité, ainsi que les conséquences éventuelles pour le financement du crédit. Il s’agit toutefois d’un scénario de risque, pas d’un comportement déjà observé avec un euro numérique en circulation.
L’effet réel dépendrait du nombre d’utilisateurs, des montants détenus, des possibilités de transfert et du comportement des clients en cas de crise. Le dossier disponible ne permet donc d’affirmer ni qu’une fuite massive se produirait nécessairement, ni que les banques ne perdraient aucun dépôt.
Envisagé : un plafond pour contenir les sommes transférées
Une limite individuelle de détention est au cœur des discussions de conception. Son objectif serait notamment de réduire les risques de retraits importants et rapides des dépôts bancaires. Elle limiterait la quantité d’euros numériques qu’une personne pourrait conserver, plutôt que de laisser le portefeuille accueillir sans limite des sommes provenant de comptes bancaires. Parlement européen
Il faut cependant distinguer le principe discuté de son paramétrage définitif. Le plafond exact n’est pas fixé dans les informations disponibles. Les montants évoqués dans le débat public ne doivent donc pas être présentés comme une règle adoptée.
Un plafond ne supprimerait pas toute possibilité de déplacement des dépôts : des utilisateurs pourraient toujours convertir des sommes dans la limite autorisée. Son rôle serait de contenir le volume transférable par personne. Son efficacité dépendrait ainsi du niveau choisi et des autres modalités du dispositif.
Comment payer sans conserver une grosse somme dans le portefeuille ?
Le fonctionnement envisagé comprend un mécanisme de transfert depuis un compte bancaire associé, souvent désigné par l’expression « reverse waterfall ». Il permettrait de payer au-delà du solde détenu en euros numériques. L’objectif serait de rendre le paiement possible sans obliger l’utilisateur à conserver au préalable une grosse somme dans son portefeuille. BCE
Cette distinction est essentielle : le montant conservé dans le portefeuille et la capacité à effectuer un paiement ne seraient pas nécessairement identiques. Le compte associé fournirait les fonds nécessaires au paiement selon les modalités retenues. Ce mécanisme est présenté comme un moyen de réduire le besoin de détenir des euros numériques en permanence.
Les banques resteraient par ailleurs présentes dans la distribution envisagée. Les utilisateurs accéderaient à l’euro numérique par des prestataires de paiement, notamment des banques, qui pourraient fournir les portefeuilles, gérer l’accès et traiter les paiements. Ce rôle d’intermédiaire ne suffirait toutefois pas à garantir la conservation de tous leurs dépôts : fournir un service et conserver les fonds sous forme de dépôts sont deux questions distinctes.
Quelles décisions restent nécessaires pour évaluer l’impact ?
Le cadre juridique constitue une étape préalable. La proposition de règlement présentée par la Commission européenne en juin 2023 n’a pas créé, à elle seule, l’euro numérique. La position du Conseil de décembre 2025 et celle du Parlement de juillet 2026 ont ouvert la voie aux négociations interinstitutionnelles. Selon l’état législatif décrit en octobre 2026, ces négociations se poursuivent. Parlement européen
La BCE indique qu’elle ne prendra sa décision d’émission qu’après l’adoption de la législation. Son objectif d’une éventuelle première émission en 2029 dépend d’un achèvement du processus législatif d’ici la fin de 2026. Ce calendrier est conditionnel. Le pilote prévu en 2027 ne constituerait ni un lancement général ni une décision définitive d’émission. BCE
Pour apprécier les conséquences bancaires, il faudra donc connaître les règles finales, puis les usages effectifs. La BCE soutient une option publique de paiement électronique ; les banques s’interrogent sur leurs dépôts et leur financement. Les bénéfices annoncés comme les risques identifiés restent à distinguer de résultats mesurés après une éventuelle mise en circulation.
Les limites de détention et les transferts liés aux paiements visent à atténuer le risque. Leur existence ne prouverait ni que chaque banque conserverait tous ses dépôts, ni qu’une baisse importante serait inévitable. L’effet net sur chaque établissement n’est pas quantifiable dans les informations disponibles.
En résumé
L’euro numérique pourrait réduire certains dépôts bancaires si des clients convertissaient une partie de leurs avoirs en monnaie de banque centrale. Le plafond de détention et le fonctionnement des paiements sont envisagés pour contenir ce risque. Dans l’état du projet décrit en octobre 2026, son ampleur reste inconnue et aucune perte liée à une mise en circulation n’est constatée.
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