La création monétaire dans la zone euro est principalement le fait des banques commerciales par l’octroi de crédits, tandis que la Banque Centrale Européenne (BCE) fournit la monnaie centrale et encadre le système. L’euro numérique, s’il est émis, introduirait une nouvelle forme de monnaie centrale accessible au public, ce qui pourrait modifier les flux de dépôts sans abolir le mécanisme de création monétaire par le crédit.
Comprendre la création monétaire: un mécanisme à deux niveaux
La création monétaire est le processus par lequel de nouveaux moyens de paiement sont mis en circulation dans une économie. Dans la zone euro, ce mécanisme repose sur une architecture à deux niveaux, impliquant la Banque Centrale Européenne (BCE) et les banques centrales nationales (formant l’Eurosystème) d’une part, et les banques commerciales d’autre part. Il est essentiel de distinguer deux formes principales de monnaie qui coexistent et interagissent BCE:
- La monnaie centrale: Il s’agit des billets et pièces en circulation, ainsi que des réserves que les banques commerciales détiennent auprès de la banque centrale. Cette monnaie est émise par l’Eurosystème.
- La monnaie bancaire (ou scripturale): Elle est constituée des dépôts à vue que les clients détiennent dans les banques commerciales. C’est la forme de monnaie la plus utilisée pour les transactions quotidiennes et elle est principalement créée par l’octroi de crédits.
Le fonctionnement du système monétaire européen confirme que les banques commerciales ne se contentent pas de prêter l’épargne déjà existante; elles génèrent de nouveaux dépôts lorsqu’un crédit est accordé, ajustant ensuite leurs besoins en réserves et en financement auprès de la banque centrale et sur le marché interbancaire.
Le rôle central des banques commerciales dans la création monétaire par le crédit
Le mécanisme de la création monétaire par les banques commerciales est fondamental pour comprendre le système actuel. Lorsqu’une banque accorde un prêt à un client, elle ne lui remet pas des fonds préexistants. Au lieu de cela, elle crédite le compte de dépôt du client d’un montant correspondant au prêt. Ce nouveau dépôt constitue de la monnaie scripturale, qui n’existait pas auparavant. Autrement dit, le prêt crée le dépôt, et non l’inverse, dans l’écriture comptable initiale BCE.
Ce processus est cependant encadré et limité par plusieurs facteurs:
- Les besoins en liquidité de la banque pour faire face aux retraits et aux paiements.
- Les exigences en réserves obligatoires, c’est-à-dire les montants que les banques doivent détenir auprès de la banque centrale.
- Les contraintes de solvabilité et de gestion des risques, imposées par la réglementation prudentielle.
- La demande de crédit de la part des agents économiques et la qualité des emprunteurs.
- Les conditions de refinancement offertes par la banque centrale.
Ainsi, la création monétaire par les banques commerciales est un processus réel et dynamique, mais qui s’inscrit dans un cadre réglementaire et économique strict.
La Banque Centrale Européenne: régulateur et fournisseur de monnaie centrale
La Banque Centrale Européenne (BCE), au cœur de l’Eurosystème, joue un rôle distinct et complémentaire à celui des banques commerciales. Ses missions sont multiples et confirmées BCE:
- Définir et mettre en œuvre la politique monétaire de la zone euro, notamment en fixant les taux d’intérêt directeurs.
- Fournir la monnaie centrale sous forme de billets et de réserves bancaires.
- Fixer le cadre réglementaire et prudentiel dans lequel les banques commerciales opèrent.
- Gérer les opérations de refinancement des banques, leur permettant d’obtenir les liquidités nécessaires.
- Assurer le bon fonctionnement et la stabilité des systèmes de paiement.
Il est important de noter que la BCE ne crée pas directement la majeure partie de la monnaie utilisée par le public au quotidien. Cette monnaie est principalement la monnaie bancaire créée par les banques commerciales. En revanche, la BCE contrôle le prix de la liquidité, oriente les taux d’intérêt, fournit les réserves nécessaires au système bancaire et garantit la confiance dans l’unité monétaire, l’euro.
Masse monétaire et réserves: les indicateurs clés
Pour suivre l’évolution de la monnaie en circulation et de la liquidité dans l’économie, les banques centrales utilisent des concepts spécifiques:
- La masse monétaire: Ce terme désigne l’ensemble des moyens de paiement en circulation dans une économie, classés selon leur degré de liquidité. Les agrégats monétaires (M1, M2, M3) sont des mesures statistiques qui permettent de suivre l’évolution des dépôts, de la monnaie fiduciaire et de la liquidité bancaire. Par exemple, M1 inclut les billets, les pièces et les dépôts à vue, tandis que M3 est un agrégat plus large incluant des placements moins liquides.
- Les réserves: Il s’agit des avoirs que les banques commerciales détiennent auprès de la banque centrale. Elles remplissent plusieurs fonctions essentielles: elles sont utilisées pour les paiements entre banques, pour le respect des exigences réglementaires (les réserves obligatoires), et pour la gestion quotidienne de la liquidité bancaire. Il est crucial de comprendre que les réserves ne sont pas directement utilisées par les ménages ou les entreprises pour leurs transactions quotidiennes; elles sont un instrument du système bancaire et du règlement des paiements interbancaires.
Ces concepts sont fondamentaux pour analyser la création monétaire et l’impact des décisions de politique monétaire.
L’euro numérique: une nouvelle forme de monnaie centrale et ses implications potentielles
L’euro numérique est conçu comme une forme de monnaie de banque centrale destinée aux paiements de détail, qui coexisterait avec les billets et pièces, sans les remplacer BCE. Son introduction, si elle se concrétise, pourrait modifier le circuit de la création monétaire de plusieurs manières, bien que l’impact exact reste à ce jour envisagé et non confirmé BCE:
- Accès direct à la monnaie centrale: Les particuliers et les entreprises pourraient détenir directement une créance sur la banque centrale sous forme numérique, ce qui n’est actuellement possible qu’avec les billets et pièces.
- Déplacement des flux de paiements: Une partie des paiements aujourd’hui effectués avec des dépôts bancaires (monnaie bancaire) pourrait basculer vers cette forme de monnaie centrale.
- Impact sur les dépôts bancaires: Les banques commerciales pourraient voir une partie de leur base de dépôts se déplacer vers l’euro numérique. L’ampleur de ce déplacement dépendrait fortement des choix réglementaires finaux, notamment des plafonds de détention (holding limit) qui seraient retenus pour l’euro numérique BCE.
À ce stade, l’impact définitif sur les dépôts bancaires et la création monétaire par le crédit reste incertain. Il sera déterminé par l’architecture technique, les conditions d’intermédiation par les banques, l’existence ou non d’une rémunération, et surtout, par les règles d’usage et les limites de détention qui seront fixées dans le cadre législatif final BCE.
Calendrier et état d’avancement: ce qui est confirmé et ce qui est envisagé
Le projet d’euro numérique progresse selon un calendrier précis, avec des étapes confirmées et des objectifs envisagés BCE:
- 9 juillet 2026: Le Parlement européen a voté une position ouvrant la voie à des négociations (trilogues) avec les États membres, avec 416 voix contre 169 Parlement européen.
- Juillet 2026: La BCE a retenu 36 prestataires de services de paiement pour participer à un pilote technique BCE.
- Second semestre 2027: Le début envisagé de ce pilote est prévu pour une durée d’environ 12 mois BCL. La Banque centrale du Luxembourg (BCL) a confirmé sa participation à ce projet pilote BCL.
- 2029: Une première émission potentielle est visée pour cette année, mais elle est explicitement conditionnée à l’adoption du cadre législatif européen BCE. La BCE, par la voix de Christine Lagarde, a rappelé que l’euro numérique doit compléter les espèces et non les remplacer BCE.
Il est donc confirmé que la BCE prépare techniquement l’euro numérique et que le processus législatif est en cours. Cependant, la décision finale d’émettre l’euro numérique n’est pas encore actée et dépendra de l’aboutissement de ce cadre juridique et d’une décision du Conseil des gouverneurs de la BCE BCE. Les modalités finales d’usage, comme les seuils maximaux de détention et les conditions de fonctionnement en ligne et hors ligne, sont encore en discussion au Parlement et ne sont pas des règles définitives BCE.
Ce que l’euro numérique ne changerait pas (à ce stade)
Il est important de souligner que, selon les informations disponibles, l’euro numérique n’est pas envisagé pour abolir le mécanisme de création monétaire par le crédit bancaire. Le point central du débat institutionnel est de conserver la place dominante des banques commerciales dans la création monétaire privée, tout en offrant une monnaie publique numérique émise par la BCE BCE.
L’euro numérique ajouterait un nouvel instrument de monnaie centrale accessible au public, mais ne remplacerait pas automatiquement les dépôts bancaires ni les billets BCE. Le changement principal serait qu’une partie des paiements de détail pourrait être réglée en passif de la banque centrale directement détenu par les particuliers et les entreprises, et non seulement via des dépôts bancaires. En revanche, rien dans les éléments vérifiés ici n’indique que la BCE ait déjà fixé un mécanisme final qui remplacerait la création monétaire par le crédit bancaire BCE.
Monnaie centrale: Billets, pièces et réserves bancaires détenues auprès de la banque centrale.
Monnaie bancaire: Dépôts à vue créés par les banques commerciales lorsqu’elles octroient un prêt.
Masse monétaire: Ensemble des moyens de paiement en circulation dans une économie.
Réserves: Avoirs des banques commerciales auprès de la banque centrale, pour les paiements interbancaires et la liquidité.
Eurosystème: La Banque Centrale Européenne (BCE) et les banques centrales nationales de la zone euro.
MNBC (Monnaie numérique de banque centrale): Forme numérique de monnaie émise par la banque centrale.
Pilote: Test opérationnel limité dans le temps et le périmètre, avant un éventuel déploiement.
Agrégats monétaires: Mesures statistiques de la masse monétaire (M1, M2, M3).
Il est confirmé que la BCE prépare techniquement l’euro numérique et que le Parlement européen a voté pour ouvrir les négociations législatives. Un pilote est prévu pour le second semestre 2027. En revanche, la date exacte de lancement en 2029 est envisagée et conditionnée à l’adoption du règlement européen. Les modalités finales (plafonds de détention, règles d’usage) ne sont pas encore arrêtées. Aucune décision finale d’émission n’est confirmée à ce stade.
En resume
La création monétaire dans la zone euro est principalement assurée par les banques commerciales qui génèrent de la monnaie bancaire en accordant des crédits. La BCE, quant à elle, fournit la monnaie centrale et encadre ce système par sa politique monétaire. L’euro numérique, s’il est émis, introduirait une nouvelle forme de monnaie centrale accessible au public, ce qui pourrait potentiellement modifier la structure des dépôts bancaires. Cependant, ce projet n’est pas destiné à remplacer la création monétaire par le crédit, mais à compléter les formes de monnaie existantes, sous réserve de l’adoption d’un cadre législatif encore en discussion.
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